Sur Fanon, Mémoire d’encrier, 2016, Sous la direction de Bernard Magnier

Frantz Fanon : Biographie

Frantz Fanon est un psychiatre et essayiste, français né à Fort-de-France (Martinique) le 20 juillet 2020 et mort en Bethesda à Washington (Etats-Unis) le 6 décembre 1961. Il est célèbre pour avoir été l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste, et pour être une figure majeure de l’anticolonialisme. Il fut fortement impliqué dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

Œuvres de Frantz Fanon

  • Peau noire, masques blancs ; Éditions du Seuil, 1952.
  • Les Damnés de la terre ; Éditions Maspero, 1961
  • Écrits sur l’aliénation et la liberté ; La Découverte, 2015 ;
  • Écrits sur l’aliénation et la liberté ; Œuvres II, La Découverte, 2018.

Bernard Magnier

Journaliste, Bernard Magnier collabore à diverses revues et radios (RFI, France Culture). Il est directeur de la collection « Afriques » aux Éditions Actes Sud.

Œuvres de Bernard Magnier

  • J’écris comme je vis, entretien avec Dany Laferrière, La Passe du Vent, 2000 ;
  • Poésie d’Afrique au Sud du Sahara, Unesco / Actes Sud, 1995 ;
  • La Parole nomade, anthologie de poètes francophones, Hurtubise HMH, 1995 ;
  • L’Afrique noire en poésie, en collaboration avec Pius Ngangu, Gallimard-Folio Junior, 1984.

Liste des auteurs participant à la rédaction de l’œuvre « Sur Fanon » :

Kaouther Adimi (Alger, ALGÉRIE), Mohammed Aïssaoui (Alger, ALGÉRIE), Alfred Alexandre (Fort-de-France, MARTINIQUE – FRANCE), Jacques Allaire (Malakoff, FRANCE), Kebir Ammi (Taza, MAROC), Tahar Bekri (Gabès, TUNISIE), Yahia Belaskri (Alger, ALGÉRIE), Souâd Belhaddad (Alger, ALGÉRIE),  Lamia Berrada-Berca (Casablanca, MAROC), Patrick Chamoiseau (Fort-de-France, MARTINIQUE – France), Gerty Dambury (Pointe-à-Pitre, GUADELOUPE – France), Jean Durosier Desrivières (Port-au-prince, HAÏTI), Bios Diallo (Sélibaby, MAURITANIE), Soeuf Elbadawi (Moroni, COMORES), Nathalie Etoké (Connecticut, USA), Romuald Fonkoua (CAMEROUN), Gyps, Salim Hatubou (COMORES), Mustapha Kharmoudi (Né au MAROC, vis à Besançon, France), Dominique Lanni (Paris, FRANCE), Danièle Maoudj (Corte, CORSE – France), Valérie Marin La Meslée (Paris, FRANCE), Bernard Magnier (FRANCE), Daniel Maximin (Saint-Claude, GUADELOUPE – France), Arezki Metref (Sour El-Ghozlane, ALGERIE), Fiston Mwanza Mujila (Lubumbashi, CONGO), Makenzy Orcel (Port-au-Prince, HAÏTI), Khaled Osman (Le Caire, EGYPTE), Raharimanana (Tananarive, MADAGASCAR), Rodney Saint-Éloi (Port-au-Prince, HAÏTI), Sunjata (Paris, France), Véronique Tadjo (Paris, France).

« Sur Fanon » : résumé

Le livre « Sur Fanon » est un recueil de témoignages où 32 auteurs prennent leur plume pour témoigner du changement, ou du moins de l’apport de Frantz Fanon dans leur cheminement intellectuel, leur rapport à leur histoire d’Ex colonisé et l’apport qu’il a eu dans leur vie d’Homme tout simplement.

Ce recueil de témoignages a été édité en 2016 soit plus de cinquante ans après la mort de Frantz Fanon, ils regroupent les témoignages d’auteurs de 13 nationalités différentes, présentent sur 3 continents du globe : l’Europe, l’Afrique, l’Afrique. Ceci prouve que l’œuvre de Frantz Fanon a véritablement eu un impact international.

Les témoignages prennent des formes diverses :

  • Journal intime (Le Journal, Kaoutcher Adimi) ;
  • Compte-rendu (J’ai croisé Frantz Fanon, Mohammed Aïssaoui) ;
  • Liste (Une lumière dans les ténèbres, Kebir Ammi) ;
  • Autobiographie (Humains, tous humains, Lamia Berrada-Berca ou encore Fanon, simplement rassurant, Souâd Belhaddad) ;
  • Prose (Monsieur Fanon, Rodney Saint-Eloi) ;
  • Essai sociologique (Fanon, côté cœur, côté sève, Patrick Chamoiseau) ;
  • Dessin (Drame de Lampedusa, Gyps) ;
  • Essai philosophique (Fanon ou le lyrisme de la révolte ? Alfred Alexandre) ;
  • Voire simple lettre (J’ai tant de choses à te dire, Sunjata).

Mais, tous ou presque parlent de l’importance qu’a pu avoir Frantz Fanon, en complétant l’apport de Césaire et en y ôtant l’idée qu’il y a d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Frantz Fanon pointe le doigt sur cette petite bourgeoisie des anciennes colonies qui n’hésitent pas à pactiser avec les anciens colons, ce qui a pour effet de freiner l’élan d’indépendance du peuple de ces mêmes pays ; cette petite bourgeoisie qu’il nomme les Damnés.

Sur Fanon : avis

Sur Fanon permet d’apprécier Frantz Fanon et ses écrits d’un angle différent, du moins de regards différents. Cela permet de découvrir les différences de perception qui sont faites de cet auteur. Frantz Fanon est un homme qui aura marqué son temps pour des prises de décisions intellectuelles tranchés et radicales. Frantz Fanon est à l’instar d’un Albert Camus, même si les disciplines des deux hommes sont différentes ; l’un s’intéressant plus au mécanisme de l’esprit (la psychiatrie) et l’autre aux mécanismes moraux et sociaux (philosophie, et littérature) ; un homme qui a choisi de prendre parti pour les opprimés, les révoltés ; les colonisés ; face aux dominants ; aux colonisateurs, et à ceux qui, selon Frantz Fanon, (et c’est là son apport le plus significatif à la question de la colonisation) qui faisait dans les faits partie des colonisés, mais qui se comportaient comme des colonisateurs. Cette frange de la population des anciennes colonies qui avait préféré trahir le peuple pour la classe ; autrement dit la bourgeoisie des pays des anciennes colonies. C’est cette bourgeoisie, qu’il nomme : « damnée », qui selon lui est responsable de l’état dans lequel se trouve les pays colonisés après la fin de la colonisation ; dans un état d’entre deux ou seuls, ces damnés, justement vivent dans un semblant de pays post colonisé.

Tous les témoignages de ce recueil de témoignages vont dans ce sens. Frantz Fanon est celui qui leur a permis d’accéder à une autre vision de la colonisation et du processus de décolonisation, celui qui leur a fait comprendre qu’il n’y avait pas en face (ou à l’extérieur) les mauvais, les bourreaux et ici (à l’intérieur) les bons, les victimes, les gentils.

En lisant, Sur Fanon, on comprend que ce qui sépare Frantz Fanon, d’Aimé Césaire, c’est une absence de compassion exagérée face aux colonisés qui seraient victimes et uniquement victimes de l’action du colonisateur. Dans le corps « colonisé », dit Frantz Fanon, il y a aussi un organe qu’il nomme « les damnés de la terre » qui a pris parti pour le colonisateur et qui freine l’évolution des anciennes colonies de l’intérieur. Une partie de cette population qui s’est trompée de camp ; une partie de cette population qui est tout simplement vendue et fier de l’être.

Fanon bouscule les préjugés ; mais les préjugés internes aux populations des anciennes colonies, non le mal ne vient pas que d’ailleurs, le mal est aussi bien présent à l’intérieur et c’est de ce mal là qu’il faut en premier s’occuper. C’est ce mal là qu’il faut abattre.

Après bien sûr, ce mal ne doit pas empêcher de voir l’autre mal ; le traitre ne doit pas empêcher de voir « l’ennemi » ; les corrompus ne doivent pas empêcher de voir les colonisateurs. Bien plus encore et c’est là le point qui revient le plus souvent dans ce recueil de témoignages : la corruption des élites et l’autre versant de la domination du colonisateur ou de l’ex colonisateur sur le pays colonisé ou anciennement colonisé.

Pour finir, je vais faire un focus sur cinq témoignages qui m’ont particulièrement touché.

Fanon ou le lyrisme de la révolte d’Alfred Alexandre

Il s’agit d’une analyse philosophique du livre de Fanon : « Les damnés de la terre ». L’analyse est axée sur l’idée que l’échec des décolonisations d’après-guerre est, tout entier, contenu dans la trahison des « élites » nationales. Ces fameux « damnés ». Alfred Alexandre semble « opposer » Frantz Fanon à Aimé Césaire ; le second étant pour lui le modèle de ce que Frantz Fanon dénonce, le modèle du « damné ».

Frantz Fanon comme un souvenir en noir et blanc de Tahar Bekri

Comment, Tahar Bekri, le tunisien, a découvert Frantz Fanon. Comment il a « adhéré » à la vision de Frantz Fanon du rapport colonisé / colonisateur et du sentiment de trahison des élites vis-à-vis du peuple. Comment lire Frantz Fanon, lui a permis de mieux « faire sien » une bataille qui était sienne et celle de son peuple. Comment Frantz Fanon et d’autres (il cite Raphaël Confiant et Jean Barnabé) lui ont permis de détourner le regard d’Europe un instant et de découvrir des auteurs du Maghreb, d’Afrique noire et des Antilles.

Fanon, côté cœur, côté sève de Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau nous partage l’impact qu’a pu avoir Fanon sur sa pensée en donnant les quatre niveaux de rencontre qu’il a pu avoir avec Frantz Fanon grâce aux écrits de celui-ci.

Le premier niveau étant celui de la langue, du langage ; la force et la qualité du verbe qui fait de Frantz Fanon pour Patrick Chamoiseau une sorte de poète psychiatre. Car, Fanon est un « homme dont le verbe à lui seul est action sur la matière du monde. ».

Le deuxième niveau dépasse le simple langage et projette dans le monde réel, dans la société. Patrick Chamoiseau pensait « que la Bête était en dehors », il faut sans doute comprendre par-là que le colonisateur était la Bête et qu’il n’en avait pas d’autre. Mais, avec Fanon, il apprend que la Bête à une autre face et qu’elle est à l’intérieur, qu’elle fait partie de la société martiniquaise, quelle en est l’élite « la bourgeoisie » ; « les damnés ».

Il ne suffit pas de mettre un masque noir sur le masque blanc ; il faut ôter celui-ci.

Le troisième niveau est celui de la radicalité ; c’est celui qui nous permet après avoir pris conscience du réel d’agir sur celui-ci ; la radicalité.

Le quatrième niveau est celui du dépassement. Patrick Chamoiseau dit, je cite : « Il s’est écarté du masque noir. Il s’est écarté de la simple rébellion. Il s’est écarté de la haine et de la rancœur. Il n’a jamais été dupe de cette décolonisation qui ne décolonisait pas le colonisateur. Et il a toujours eu l’intuition qu’un colonisé décolonisé ne suffisait pas à faire un homme – un homme qu’il appelait d’emblée à être neuf, à être nouveau, à être total. ».

Je vais finir en citant quelques vers du poème en prose de Rodney Saint-Eloi : Monsieur Fanon

« Je tutoie Liberté

Je tutoie Fanon

Père et frère dans le combat pour demain

Père et frère pour un destin de lumières »

Vivre ensemble et identité

de Max-Antoine BRUN

Le plus beau recueil de poésie de l’année 2020 !

Mélissa

de Max BRUN

L’amour d’un poète pour sa muse !

Épopée créole et odes antillaises

de Max-Antoine BRUN

INCIPIT

Un imam récite la Fatiha.

10 citations tirées de Sur FANON

« Il m’a toujours semblé qu’il y avait deux textes dans Les Damnés de la terre. » Fanon ou le lyrisme de la révolte ? d’Alfred Alexandre – Page 17

« Bourgeoisie : parce qu’elle a fait passer, nous dit Fanon, son intérêt de classe avant la cause des peuples, c’est-à-dire avant la cause de la liberté et l’égalité effectives. » Fanon ou le lyrisme de la révolte ? d’Alfred Alexandre – Page 17

« Il s’est écarté du masque noir. Il s’est écarté de la simple rébellion. Il s’est écarté de la haine et de la rancœur. Il n’a jamais été dupe de cette décolonisation qui ne décolonisait pas le colonisateur. Et il a toujours eu l’intuition qu’un colonisé décolonisé ne suffisait pas à faire un homme – un homme qu’il appelait d’emblée à être neuf, à être nouveau, à être total. ». Fanon, côté cœur, côté sève de Patrick Chamoiseau – Page 47

« On a beaucoup parlé de la violence de Fanon, de sa célébration de la violence refondatrice. Fanon, côté cœur, côté sève de Patrick Chamoiseau – Page 50

« Fanon

Les puits sont infidèles

Sont-ce les Djiins

Qui damnent à nouveau nos héros ? » Recherche de Gerty Dambury – Page 55

« Mais voici qu’un « Noir » s’adressait directement à ma conscience de jeune d’un pays sous-développé, voici qu’un « écrivain noir » excitait mes sentiments de révolte. » Fanon aurait alors pu dire « Qu’ils dégagent tous ! » de Mustapha Kharmoudi – Page 83

« Drame de Lampedusa

Si Fanon était présent aujourd’hui il écrirait…les Damnés de la mer ! » Drame de Lampedusa de Gyps – Page 77

« Mort jeune, à trente-six ans… » Le retour de Fanon dans un monde de chaos d’Arezki Metref – Page 101

« Monsieur Fanon, j’ai su venger le secret de ton sang. » Monsieur Fanon de Rodney Saint- Éloi – Page 123

« Comment lui dire la portée de ta pensée ? » J’ai tant de choses à te dire de Sunjata – Page 125

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Max Brun