XXVIII – Le serpent qui danse, Charles Baudelaire, 1961, Les Fleurs du mal

La Chevelure de Charles Baudelaire : introduction

Le Serpent qui danse est un poème lyrique de Charles Baudelaire est paru dans le recueil de poèmes Les Fleurs du mal en 1857. Il s’agit d’un poème en quatrains à rimes croisées, divisé en neuf strophes.
Charles Baudelaire y évoque sa maîtresse Jeanne Duval.

Charles Baudelaire : biographie

Charles Pierre Baudelaire est né le 9 avril 1821 – 31 août 1867 à Paris et décédé le 31 août 1867 à Paris. Charles Baudelaire est reconnu depuis son vivant comme l’un des plus grands poètes français. Il était, également, essayiste, critique d’art et traducteur pionnier d’Edgar Allan Poe.

Son œuvre la plus célèbre reste le livre de poésie lyrique intitulé Les Fleurs du mal. Les Fleurs du mal exprime la nature changeante de la beauté dans le Paris en pleine période d’industrialisation (milieu du XIXe siècle). Le style très original de la poésie en prose de Baudelaire a influencé toute une génération de poètes, dont Paul Verlaine, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé, entre autres. Il est reconnu pour avoir inventé le terme de « modernité » pour désigner l’expérience éphémère de la vie dans une métropole urbaine, et la responsabilité de l’expression artistique pour capturer cette expérience.

Autres œuvres de Charles Baudelaire

• Du vin et du haschisch, 1851
• L’Art romantique, 1852
• Les Fleurs du mal, 1857
• Les Paradis artificiels, 1860
• Mon cœur mis à nu, 1864
• Petit poème en prose ou Le Spleen de Paris, 1869

Le serpent qui danse de Charles Baudelaire : le poème

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur !

Le serpent qui danse de Charles Baudelaire : Analyse

Ce poème rentre dans le cycle Jeanne Duval ; c’est-à-dire dans le cycle des poèmes rédigés par Baudelaire pour sa muse principale. Dans ce poème ; Baudelaire utilise le serpent comme métaphore à la chevelure de sa muse.

Le poème est composé de 9 strophes, de 4 vers, c’est-à-dire de 9 quatrains. Chaque quatrain est composé de deux octosyllabes (vers de 8 syllabes) et de deux pentasyllabes (vers de cinq syllabes). Les rimes respectent le schéma suivant : ABAB, ce sont donc des rimes croisées. Elles oscillent entre rimes masculines et rimes féminines. Les rimes sont, majoritairement, des rimes riches puisque la voyelle tonique finale est souvent composée de plus de deux phonèmes.

Les octosyllabes finissent avec une syllabe longue ; et les pentasyllabes avec une syllabe courte ; ce choix donne de la longueur ; et donc une impression de nonchalance et de lenteur aux octosyllabes et au contraire raccourci les vers courts ; les pentasyllabes en leur donnant ainsi une impression de vivacité. Ce choix stylistique n’est pas anodin, Baudelaire de la sorte produit un effet rythmique d’accélération et de ralentissement, comme pour imiter le déplacement du serpent lorsqu’il rampe sur le sol.

Le choix de la longueur des vers n’est pas anodin pour une autre raison ; en effet, choix offre une graphie spécifique au poème ; celui-ci quand on regarde bien prend la forme du serpent qui se déplace ; il ondule sur la page ; comme un serpent, mais aussi comme une chevelure. D’ailleurs, à la lecture, le poème nous oblige à imiter les ondulations que fait le serpent ; le point de démarrage de la lecture (la première lettre du vers) faisant d’un vers à l’autre un retrait avant ou un retrait arrière.

Enfin pour ce qui est des mots ; Baudelaire les choisit bien sûr avec soin. Les qualités et caractéristiques de la chevelure de la belle mise en avant rappellent bien sûr les caractéristiques, généralement, associées au serpent, à savoir : l’indolence, la paresse, la mollesse, le froid (associé aux yeux ; puis aux glaciers).

Bien sûr toutes ces caractéristiques renvoient dans l’esprit de Baudelaire à ces îles lointaines dont Jeanne Duval est originaire. C’est le regard d’un Européen sur une femme des îles ; tous ces fantasmes et préjugés projetés sur sa Jeanne. D’ailleurs la métaphore avec le serpent n’est sans doute, là aussi, pas anodine. Car, le serpent est associé au fruit défendu ; au fruit interdit qui si on le touche nous introduis dans le gouffre du péché et nous introduit à l’arbre du bien et du mal ; à la connaissance. À travers sa chevelure Baudelaire, se représenterait ainsi Jeanne Duval, comme étant son fruit défendu.

 Le serpent qui danse de Charles Baudelaire : procédés linguistiques

Le serpent qui danse de Charles Baudelaire : l’infini dans le fini

Baudelaire, comme dans de nombreux autres poèmes des Fleurs du mal, utilise la notion finie, c’est-à-dire la chevelure de sa belle pour « exprimer » l’infini ; dans le cas présent : les climats plus chauds, tels que ceux de l’Orient et des tropiques.

C’est un procédé courant chez Baudelaire, par là il cherche à faire voyager son lecteur et à lui insuffler des sensations, émotions et sentiments qu’il n’est pas censé connaître, de prime abord ; lorsqu’il s’agit d’un lecteur européen, du moins. Et au contraire, quand il s’agit d’un lecteur des îles ou du proche orient, lui faire connaître autrement son propre climat, mais aussi lui faire découvrir comment celui-ci peut être fantasmé par l’autre.

Toute la difficulté d’un tel procédé est de rendre réel, crédible et cohérent les sensations et émotions que l’on souhaite partager au lecteur.

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Max Brun