Poèmes, Éditions du Seuil, 1945

Chants d’ombre de Léopold Sedar Senghor : introduction

Découvrez la chronique rédigée par Max Antoine Brun sur l’oeuvre Chants d’ombre de Léopold Sédar Senghor.

Léopold Sédar Senghor : biographie

Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 dans la ville de Joal, à une centaine de kilomètres au sud de Dakar, capitale du Sénégal. Le père de Sedar Senghor, Basile Diogoye Senghor , était un homme d’affaires et un marchand appartenant au peuple bourgeois Serer.

Basile Senghor serait une personne riche et possédait des milliers de bétails et de vastes terres, dont certaines lui ont été données par son cousin le roi du Sine. Gnilane Ndiémé Bakhoum (1861–1948), la mère de Léopold Sédar Senghor et la troisième épouse de son père, musulman d’origine peul appartenant à la tribu Tabor, est née près de Djilas dans une famille chrétienne.

Elle a donné naissance à six enfants, dont deux fils. Il a été baptisé « Léopold » le 9 août 1906, deux mois avant sa naissance. Son deuxième prénom sérère Sédar vient de la langue sérère, ce qui signifie «une personne qui ne doit pas être humiliée» ou «celle que vous ne pouvez pas humilier». Son nom de famille Senghor est une combinaison des mots plus sereins Sène (un nom de famille serer et le nom de la divinité suprême dans la religion serer appelée Rog Sene) et gor ou ghor, dont l’étymologie est kor en langue serer signifiant homme ou homme.

Tukura Badiar Senghor, le prince de Sine et une figure dont Léopold Sédar Senghor aurait retracé la descendance, était un c. Serer noble du XIIIe siècle.

Sédar Senghor est, aussi, connu pour être le fondateur avec Aimé Césaire et Léon Gontran Damas de la notion de Négritude.

Chants d’ombre : présentation

Chants d’ombre est le premier recueil de poème rédigé par Sédar Senghor et celui qui l’a fait connaître. Il s’inscrit dans le mouvement de la Négritude. Le style du poème est fondé sur la tradition du chant de la parole incantatoire propre à l’Afrique.

Les œuvres de Léopold Sédar Senghor : 

  • Départ, poème, Édition Poèmes perdus , 1964
  • Hosties noires, poèmes, Le Seuil, 1948
  • Guélowar ou prince, poèmes, Le seuil, 1948
  • Éthiopiques, Le Seuil, 1956
  • Nocturnes, poèmes, Le Seuil, 1961
  • Lettres d’hivernage, poèmes, Le Seuil, 1973
  • Chant pour Jackie Thomson, poèmes, 1973
  • Élégies majeures, poèmes, Le Seuil, 1979

Extrait de l’oeuvre Chants d’ombre : « Femme noire »

« Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. »

Chants d’ombre : avis

Les poèmes de Chants d’ombre proposent des images tirées de la réalité arfricaine, un vocabulaire religieux et profane. Senghor aime employer les figures de style, notamment l’anaphore (répétition d’un mot en début de phrase ou de vers), dans le poème Femme noire (ci-dessus) elle est fréquemment employée.

Le recueil s’ancre dans le mouvement de la Négritude, mouvement fondé par Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Il emprunte également au mouvement surréaliste, comme le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire.

Le style dans Chants d’ombre est aussi marqué par des images surréalistes et des associations de mots étranges, des écarts syntaxiques qui réveillent l’imaginaire du lecteur et lui suggère plus de pistes d’interprétations ; des écarts lexicaux qui produisent plus de sens parce qu’ils échappent à la banalité.

L’emploi de la ponctuation dans ce recueil est rare, ce qui accentue le style libre du poème.

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Max Brun