Cahier d’un retour au pays natal, Aimé Césaire, 1939 (Revue Volontés), 1947 (Bordas), 1956 (Présence Africaine)

Aimé Césaire : biographie

Aimé Césaire est né à Basse-Pointe, Martinique, France, en 1913. Son père était inspecteur des impôts et sa mère était couturière. Il est né pauvre, mais fut un élève brillant ce qui lui permit de partir faire ses études en France métropolitaine, à Paris. Sa famille a déménagé dans la capitale de la Martinique, Fort-de-France, afin que Césaire puisse fréquenter le seul lycée de l’île, le Lycée Schoelcher.

Il se considérait de descendance Igbo du Nigéria et considérait son prénom Aimé comme une rétention d’un nom Igbo ; bien que le nom soit d’origine française, en fin de compte du vieux français amé, qui signifie bien-aimé, sa prononciation est similaire à l’ego Igbo, qui constitue la base de nombreux prénoms Igbo. Césaire s’est rendu à Paris pour assister au Lycée Louis-le-Grand grâce à une bourse d’études. À Paris, il passe le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure en 1935 et crée la revue littéraire L’Étudiant noir avec Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas. C’est avec ces mêmes camarades et amis poètes qu’il invente le concept de Négritude.

À son retour en Martinique en 1936, Césaire a commencé à travailler sur son long poème Cahier d’un retour au pays natal, une représentation vivante et puissante des ambiguïtés de la vie et de la culture des Caraïbes dans la Nouvelle Monde.

Cahier d’un retour au pays natal : Présentation

Le Cahier d’un retour au pays natal est un long poème en vers libres. Le style est métaphorique et révolté. Il emprunte au mouvement surréaliste sa liberté face à la raison imposée et son rejet des valeurs reçues. André Breton, auteur du Manifeste du surréalisme saura le reconnaître en lui rendant hommage dans son texte Martinique charmeuse de serpents. Le texte fut rédigé alors que Aimé Césaire était étudiant à Paris, il fut édité (après un premier refus) en 1939 alors que Césaire était retourné en Martinique pour prendre un poste de professeur.

Autres œuvres d’Aimé Césaire :

  • Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1959 ;
  • Discours sur la Négritude, Floride, 1987 ;
  • La Tragédie du Roi Christophe, Présence Africaine, 1963 ;
  • Les armes miraculeuses, Gallimard, 1946 ;
  • Une Saison au Congo, Seuil, 1966 ;
  • Ferrements, Seuil, 1960 ;
  • Cadastre, Seuil, 1961 ;
  • Une Tempête, Présence Africaine, 1969.

Cahier d’un retour au pays natal : analyse

Au bout du petit matin… ou le constat d’une situation amère des Antilles du début du XXe siècle

Le cahier d’un retour au pays natal débute comme on débute une nouvelle, Aimé Césaire semble poser le décor de sa nouvelle écrite sous la forme de la prose poétique. S’il s’agissait d’une nouvelle on parlerait alors de situation initiale. Aimé Césaire veut plonger son lecteur dans son monde, plus précisément dans son île ; peut-être encore plus précisément dans son quartier et les quartiers environnants.

Il est au bout du petit matin, c’est-à-dire l’aube. Au bout du petit matin, c’est-à-dire au bout de l’aube, ou plus précisément encore à la fin de l’aube. L’aube est divisée en trois phases : l’aube astronomique, le Soleil est alors à 18° sous l’horizon (elle n’est donc pas perceptible à l’œil nu) ; lorsque le Soleil arrive à 12° sous l’horizon, on le distingue désormais à l’œil nu ; on parle d’aube nautique et enfin lorsque le Soleil parvient à 6° sous l’horizon ; on parle alors d’aube civile ; c’est le moment où l’ensemble des activités humaines peuvent se dérouler sans éclairage, l’aube civile se termine par l’aurore ; cette lueur qui précède le lever (complet) du Soleil. Le bout du petit matin (c’est-à-dire la fin de l’aube) est selon moi cette aube civile à la fin duquel on trouve l’aurore. C’est le moment où l’on peut voir sans éclairage, on peut se faire face, c’est aussi le commencement et pour aller plus loin dans la métaphore, c’est le moment où l’existence devient réelle (on peut, également faire allusion au mot : civile. Comme l’acte civil par lequel est validé l’existence d’un être humain). Bref, le bout du petit matin, c’est tout cela. Lorsque Césaire écrit ce texte les Antilles ne sont plus une colonie depuis moins d’un siècle ; cette phrase prend aussi également sens dans ce contexte. Le bout du petit matin, serait le moment où l’antillais n’est plus le colonisé et doit donc se définir par lui-même, s’administrer par lui-même.

Pourtant, la description que fait Aimé Césaire de ce bout du petit matin est plutôt sombre ; dans une prose emplie de métaphore et d’image à la fois belle et hideuse, le poète semble nous décrire une ville sans mouvement ; c’est-à-dire sans dynamisme, incapable de bouger, inerte. Une ville peuplée d’Hommes incapables de se prendre en main, une ville plate.

Une ville étonnement passé à côté de son cri ; c’est-à-dire une ville qui ne sait pas saisir l’opportunité qui lui est offerte celle d’être libre, libre de se définir par elle-même, libre de se recréer dans l’action et non dans l’inaction grasse, grotesque, indolente et bête que l’auteur décrit dans les premières pages : les Antilles qui ont faim, les Antilles dynamités d’alcool…

On peut aussi lire cette « situation initiale » ; comme le résultat de siècle d’esclavage et ensuite de décennies de colonisation ; le colon qui est représenté par le flic ; les larbins de l’ordre, les hannetons de l’espérance est sommée de laisser les Antilles se développer et, sans doute, également responsable de l’état dans lequel sont laissés les Antilles et que l’auteur décrit par la suite.

L’analyse semble pourtant être celle selon laquelle l’auteur, Aimé Césaire partage la responsabilité entre l’ancien colon qui s’enorgueillit de voir ses anciens colonisés incapables de se « débrouiller » seuls et le colonisé qui donne raison à son ancien colon en ne se prenant pas en main ; pire en étant corrompu.

Et le temps passe vite, très vite

Aimé Césaire a écrit Le Cahier d’un retour au pays natal alors qu’il était dans un bateau vers la Croatie ; on ressent profondément dans cette seconde partie (qui relate les souvenirs d’enfance de l’auteur) qu’il ne l’a pas écrit sur son île. On sent que ses souvenirs sont lointains temporairement, mais également géographiquement. En effet, quand l’auteur écrit :

« Passé août où les manguiers pavoisent de toutes leurs lunules, septembre l’accoucheur de cyclones, octobre le flambeur de cannes, novembre qui ronronne aux distilleries, c’était Noël qui commençait. ».

On comprend que l’auteur se remémore un environnement qu’il n’a pas vu depuis quelque temps.

Aimé Césaire décrit la misère dans laquelle il a grandi avec ses frères et sœurs. Ses parents, leurs craintes intarissables de l’avenir, comme bons nombres de personnes pauvres. La pauvreté de sa rue, qu’il décrit comme une rue pauvre, même pour les gens de l’île, de la Martinique.

Le texte alterne passages très imagés et très poétiques et passages plus descriptifs et explicatifs. On passe de passages sublimement « surréalistes » :

« Arrivée au sommet de son ascension, la joie crève comme un nuage. Les chants ne s’arrêtent pas, mais ils roulent maintenant inquiets et lourds par les vallées de la peur, les tunnels de l’angoisse et les feux de l’enfer. ».

À des passages autobiographiques voire sociologiques :

« Tout le monde méprise la rue Paille. C’est là que la jeunesse du bourg se débauche. C’est là surtout que la mer déverse ses immondices, ses chats morts, et ses chiens crevés. Car la rue débouche sur la plage, et la plage ne suffit pas à la rage écumante de la mer. »

L’auteur semble préférer le style surréaliste et l’associe de mots qui a priori ne devraient pas l’être, association dont le sens n’est pas perceptible et qui sans doute n’a pas de sens ; mais n’a d’intérêt d’être rédigé que pour produire le beau littéraire, lorsqu’il décrit une réalité sur laquelle il lui est difficile de mettre des mots concrets. A contrario pour son expérience personnelle et ses souvenirs d’enfance sur lesquels il n’a aucune difficulté à mettre des mots, il utilise phrases descriptives et facilement compréhensibles.

Cahier d’un retour au pays natal : nostalgie et désir d’aider

Viens ensuite dans le Cahier d’un retour au pays natal, un moment dans lequel l’auteur exprime sa nostalgie du pays une nostalgie, un regret mélancolique, un désir insatisfait celui de vouloir aider ceux avec qui il a grandi dans une si grande pauvreté. Aimé Césaire donne l’impression d’un jeune homme qui a des milliers de kilomètres de chez lui mesure combien il a grandi dans une extrême pauvreté et comment il serait injuste pour lui de ne pas aider ses compatriotes qui eux n’ont pas eu la chance de faire des études et donc de fuir cette pauvreté.

Il veut revenir dans son île, fort d’une instruction solide pour aider ces gens, c’est un désir qui apparaît clairement dans les phrases suivantes :

« Ma bouche, sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Le Cahier d’un retour au pays natal ou d’un sous-continent natal, la Caraïbe ?

Aimé Césaire élargit ensuite sa perspective, il n’est plus question seulement de la Martinique, mais de la Caraïbe « la ténuité plus délicate qui sépare l’une de l’autre Amérique ».

Il décrit la Guadeloupe, Haïti « où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait en son humanité ». Suivi d’une référence à Toussaint Louverture, héros de la Révolution Haïtienne.

Dans la citation citée plus haut, l’auteur utilise le terme de « négritude » ; c’est le nom qu’il donnera, quelques années plus tard, au mouvement littéraire qu’il créera avec d’autres auteurs noirs : Léopold Senghor et Léon Gontran Damas pour les plus connus. Notons que c’est l’une, si ce n’est la première fois qu’il l’utilise ce terme et qu’il l’associe déjà l’image du noir qui croie à son humanité et qui le dit et qui l’impose par l’action et la révolution.

Incapable de trouver sa place dans cette île, cette zone géographique qu’il ne connaît que très peu ; qu’est-ce que quelques centaines années sur des milliers, voire des dizaines de milliers d’années au fond. La Martinique et les Caraïbes sont vieux de milliers d’années ; du moins sont habités depuis des milliers d’années ; mais ses ancêtres à Aimé Césaire n’ont été déportés dans cette île que depuis deux cents ans maximum. Et les habitants d’origine de ces îles ne sont plus là pour transmettre la réelle connaissance et un savoir réel sur ces îles, sur leurs croyances. Il doute donc pouvoir se sentir un jour chez lui ici dans ce pays sans stèle, sans chemin, sans mémoire, ces vents sans tablette et pourtant.

Ne pouvons se trouver des croyances qui lui permettent de croire encore à la vie et désirer encore vivre, et n’adhérant pas aux croyances que le colon lui a inculquées ; trop éloigné de ce qu’il pense appréhender de son être profond ; le poète cherche à en trouver dans sa terre d’origine, l’Afrique ; le Congo plus exactement. Mais, il ne sait rien non plus des croyances du Congo ; lorsqu’il pense au Congo, il pense à la nature, aux arbres, mais il ne souhaite devenir un arbre. La seule croyance qui lui est bien connue est donc celle léguer, du moins imposer par les colons ; mais il ne désire pas les faire siennes, car il se le refuse. Que devrait-il désirer alors ? La mort ?

Cahier d’un retour au pays natal : entre éloge du colon et éloge du colonisé

Dans les phrases qui suivent du Cahier d’un retour au pays natal, l’auteur oscille entre éloge de l’homme occidental, du colon : ces grands guerriers (non pas sans une certaine ironie) et éloge du colonisé, du damné, du pauvre, de celui qui n’a rien, dont la félicité ne s’est pas préoccupée.

D’ailleurs des damnés, il y en a également en Afrique et à y voir de plus près ses ancêtres n’étaient pas eux-mêmes de grands Hommes, ils n’étaient pas : amazones du roi de Dahomey, ni princes du Ghana, ni docteurs à Tambouctou, etc… s’ils l’avaient été, ils n’auraient pas été déportés. C’est dire que même là-bas en Afrique dans la chère patrie des ancêtres la notion de classe est présente et les inégalités qui vont avec.

Si la réponse à son malheur n’est pas en Martinique, ni dans les Caraïbes, ni au Congo, ni en Afrique peut-être est-elle en Europe ? Il ne le croit pas non plus, et il prend pour exemple le souvenir d’un homme, un grand noir dans un tramway ; un géant noir qui sans doute devait être un grand guerrier dans son Afrique au vu de ses proportions, mais qui ici en Europe, en France se retrouvait dans un tramway hideux, grognon, mélancolique, affalé, enseveli dans une vieille veste élimée, s’en était comique et laid. Ce qui semble comique ; c’est la distance entre l’impression qu’il projette et l’état dans lequel il se trouve. Ce qui est laid c’est bel et bien l’état dans lequel il se trouve.

Cahier d’un retour au pays natal : éloge du colonisé et crépuscule du monde occidental ?

Dans le cahier d’un retour au pays natal Aimé Césaire crie sa fierté d’être descendant d’esclave, nègre. Il revendique même se passer douloureux, qu’il n’a pas peur de citer, comme s’il n’en avait pas honte, comme s’il n’y avait aucune raison d’avoir honte. Il accepte ce passé dans sa globalité, dans sa totalité. Il l’accepte entièrement, sans réserve, pour preuve ces vers :

« J’accepte… j’accepte… entièrement, sans réserve… ma race qu’aucune ablution d’hysope et de lys mêlés ne pourrai purifier

ma race rongée de macules

ma race raisin mûr pour les pieds ivres

… »

Ou encore

« Tenez, suis-je assez humble ? Ai-je assez de cals aux genoux ? De muscles aux reins ? … »

Ou encore

« et le nègre chaque jour plus bas, plus lâche, plus stérile, moins profond, plus répandu au- dehors, plus séparé de soi-même, plus rusé avec soi-même, moins immédiat avec soi-même,

J’accepte, j’accepte, tout cela… »

Je pense qu’ici ce qu’essaie de dire Aimé Césaire, c’est qu’il n’est pas comme beaucoup d’autres noirs en train de fuir qui il est. Il assume pleinement d’être Martiniquais, antillais avec tout ce que cela veut dire. Il l’accepte parce qu’il sait que c’est le bout du petit matin, que c’est l’aube, mieux l’aurore et que cette longue nuit que fut cette période d’esclave suivi de la colonisation est finie et que le nègre qu’il a été, qu’on l’a forcé à être, qu’il a accepté qu’on le force à être n’est plus. Car, c’est l’aurore et qu’il peut désormais se définir lui-même et il veut le faire en acceptant cette nuit, si douloureuse, si honteuse qu’elle ait pu être ; elle lui permettra de mieux profiter de ce soleil qui se lève et de cette lumière qui maintenant est sur lui, sans qu’on ait besoin d’éclairage pour le voir : l’humanité.

Cahier d’un retour au pays natal : avis

Bhagavad Gîtâ | Chapitre 1

Le cahier d’un retour au pays natal : la liberté libre

La forme que prend le cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire en dit long sur le fond. Le cahier d’un retour au pays natal est un long poème en prose surréaliste. Le texte est rédigé de façon libre ; les règles typographiques et de ponctuation étant souvent négligées. Mais, Aimé Césaire utile (ou dans ce cas n’utilise pas) ces procédés linguistiques de façon délibérée, le but étant de laisser la plus grande liberté artistique possible. L’auteur ne borne en rien son imagination et sa liberté d’écriture. Aimé Césaire réinvente en quelque sorte une langue dans ce cahier d’un retour au pays natal, comme si l’ancien esclave à qui on a ôté sa langue d’origine et jusqu’au souvenir de sa langue d’origine se vengeait de son ancien maître en créant à partir de la langue que celui-ci lui a imposé une langue nouvelle.

Le cahier d’un retour au pays natal : un poème en prose surréaliste

Le cahier d’un retour au pays natal est un long poème en prose d’environ 40 pages rédigé dans le style surréaliste. C’est-à-dire que le plaisir esthétique prend le pas sur le sens dans ce texte, cela ne veut pas dire que le texte n’a aucun sens ; mais bien que le but premier est de faire naître chez le lecteur un plaisir similaire à celui du beau. L’enchainement des mots, même lorsque l’on peine à trouver leur sens par leur beauté nous séduisent tout de même.

L’auteur à cette fin laisse une grande place à la figure de style de la métaphore qui est utilisée dans quasiment toutes les pages du livre. Les images que permettent seuls les mots sont sublimes et intriguent le lecteur.

C’est aussi le procédé au l’on est le plus libre avec les mots. C’est aussi ce que recherche Aimé Césaire, donner le plus de liberté possible à ses écrits dans le but de créer un contraste saisissant avec le thème abordé ; une autobiographie douloureuse et prodigieuse à la fois d’un descendant d’esclave et ancien colonisé qui s’interroge sur sa condition actuelle au vu de son passé et de celui de ses ancêtres.

Le cahier d’un retour au pays natal : entre autobiographie et étude sociologique

Dans ce livre, un autre point marquant est l’entremêlement quasi permanent d’une histoire personnelle avec l’histoire d’un peuple. Aimé Césaire ne cesse de faire le va-et-vient entre son histoire personnelle, son enfance notamment et l’histoire collective de son peuple ; les martiniquais.

L’auteur cherche à faire d’un espoir personnel, celui de s’affirmer dans son humanité après l’avoir acquise tout en essayant d’élargir ce désir à celui d’un peuple, par amour pour ce peuple et par un sentiment d’être redevable à ce peuple.

Pour finir

Le Cahier d’un retour au pays natal est le cri d’un homme à qui on a longuement nié l’humanité. C’est un homme qui, regardant en arrière, cherche à se libérer du poids des chaînes et du poids de l’asservissement qui lui a été imposé. C’est un homme à qui on a nié l’humanité et qui vient remettre les pendules à l’heure, qui vient crier son humanité aux oreilles de ceux qui ont cherché, et cherchent encore à la lui ôter. C’est le cri d’un révolté. Ce que dit Césaire à travers ce texte c’est : le nègre est un homme, je suis un nègre, je suis un homme.

Il y a dans ce Cahier d’un retour au pays natal comme les prémisses du rap ; un texte revendicatif avec une sorte d’égo trip (acte qui améliore satisfait l’ego de quelqu’un). Une façon de convaincre l’autre, mais aussi de se convaincre soi-même. Et c’est pour moi là que réside la grandeur de ce texte fondateur pour beaucoup d’afro descendants ; c’est avant tout un texte qui a permis de sortir du néant de rentrer dans l’histoire ; il est un puissant moteur pour celui à qui on refuse la parole, l’existence ; une façon de dire j’existe et j’ai le droit à la parole. Ma voix compte.

Mais, le Cahier d’un retour au pays natal est quelque chose qu’il faut dépasser pour pleinement s’assumer en tant qu’homme, pour faire du cri un acte ; pour faire de l’idée, un fait. Frantz Fanon et James Baldwin le comprendront.

Incipit du cahier d’un retour au pays natal

Au bout du petit matin…

10 citations tirées du cahier d’un retour au pays natal

« Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échoué dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouée. ». Page 8

« Au bout du petit matin, cette ville plate – étalée… ». Page 9

« Et le temps passait vite, très vite. ». Page 14

« J’ai assassiné Dieu de ma paresse de mes paroles de mes gestes de mes chansons obscènes. ». Page 29

« Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente. ». Page 40

« Tiède petit matin de chaleurs et de peurs ancestrales. ». Page 44

« Ecoutez le monde blanc

horriblement las de son effort immense ». Page 48

« Tenez, suis-je assez humble ? Ai-je assez de cals aux genoux ? De muscles aux reins ?… ». Page 53

« j’accepte, j’accepte tout cela ». Page 56

« C’est là que je veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition ! ». Page 65

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Max Brun